1789-1791 :

 Avant projet de construction d’un lazaret à Ajaccio

 

Année 1789 : Dans le cahier de doléances d’Ajaccio, demande d’un lazaret pour «épargner des frais et un voyage plus long à Livourne ou à Gènes ».
  4 novembre 1790 : « Etablir un lazaret dans le golfe d’Ajaccio…devant l’impossibilité de pouvoir obliger les gondoles des pécheurs de corail corses, provenant des côtes d’Afrique, à aller subir leur quarantaine dans les lazarets de Provence, ou à se rendre dans les lazarets d’Italie ».
  8 juillet 1791 : « Nous devons prévoir la construction du « nouvel hospice pour la quarantaine » dont la construction a été projetée dans le golfe d’Ajaccio ».
  Année 1801 : Plan très élaboré d’un lazaret à construire au fond du golfe, au lieu-dit Aspretto, projet alors resté sans suite.

1837-1843 :

 Projet de construction d’un lazaret à Aspretto

 

 

21 septembre 1837 : « Il faudrait remplacer le Lazaret des Sanguinaires trop distant de la ville. La plage d’Aspretto est l’endroit qui semble le mieux convenir à cette construction : située au fond de notre golfe, un peu au dessus de Saint Joseph, en face du port, assez rapprochée de la grande route de Campo dell’Oro et longée par celle qui conduit au port d’Aspretto…presque toujours abordable par mer ».
 

 

Même date : « Une maison de santé, comme celle que nous envisageons, doit être répartie de manière à permettre d’y faire différentes quarantaines à la fois, et avoir un hangar bien aéré…il faudrait l’entourer d’un mur assez élevé, et y laisser dans l’enceinte un espace convenable, qui serait ombragé et qui servirait de promenade aux quarantenaires ».
 

 

18 mai 1841 : Nécessité de construire un grand lazaret à Ajaccio afin de permettre l’évacuation sur la Corse des malades du Corps d’occupation d’Algérie, « point le plus convenable tant pour la sûreté de mouillage, que pour la salubrité des lieux et l’abondance des ressources ».
 

 

28 juillet 1841 : « La suppression de l’hôpital militaire de Mahon rend encore plus urgente la construction du lazaret à Aspretto ».

20 septembre 1841 : « Le hangar est inutile. La cour est trop vaste. Il n’y a point de chemin de ronde ; il y a des constructions dont on peut fort bien se passer, telles qu’une salle de réunion pour l’intendance sanitaire ; il y en manque d’autres qui sont indispensables, comme une cuisine, une buanderie, une salle de bains, un séchoir, une chambre pour les fumigations et des lieux d’aisance ; on ne dit pas comment le lazaret serait approvisionné en eau.
 

 

30 mars 1842 : L’approvisionnement en eau se fera grâce à une citerne.

1843-1848 :

 Construction et premières utilisations du Lazaret d’Aspretto.

25 février 1843 : Avec Lottero comme architecte de la ville d’Ajaccio, envoi du 3ème projet des plans du Lazaret. Projet accepté.8  novembre 1843 : Adjudication donnée à l’entrepreneur Bernard Raimondi.

27 juin 1844 : « Il y a tout à espérer que dans 20 jours de travail, il ne restera plus à faire que les travaux accessoires ».

26 octobre 1844 : « Les objets de première nécessité (portes, fenêtres…) ne peuvent être placés, faute de fonds ».

5 janvier 1845 : « La dépense doit être augmentée… : travaux de déblais non prévus, construction d’un trottoir tout autour des constructions pour empêcher que les eaux pluviales ne s’infiltrent dans les fondations ».

27 janvier 1845 : « Le Lazaret d’Ajaccio ne pouvant plus être considéré désormais que comme un établissement construit aux frais de l’état, l’intendance sanitaire d’Ajaccio n’aura plus à s’immiscer dans la direction des travaux ; vous aurez (Monsieur le Préfet) à faire surveiller directement l’exécution de vos travaux ».

6 août 1845 : Après visite sur les lieux, le Préfet constate que les boiseries (portes et fenêtres) ont été faites avec des planches et chevrons provenant de la toiture des hangars de l’ancien Lazaret des Iles Sanguinaires.

27 août 1845 : Monsieur Cotin, architecte au Département, est chargé de la surveillance des travaux, en remplacement de Monsieur Lottero, architecte de la ville.

25 septembre 1846 : Mise en demeure à l’entrepreneur « de refaire ou améliorer la menuiserie afin de la rendre conforme aux clauses et conditions du devis » et « de placer l’enduit ou crépissage qu’il a laissé rustique ».

31 mai 1847 : Procès verbal de réception provisoire des travaux.

2 août 1847 : « Il faudrait mettre le plus tôt possible le Lazaret d‘Aspretto en activité ; tout retard nuit à la conservation de l’édifice qui, par le fait de son isolement est exposé à toutes sortes de dégradations ».

27 août 1847 : « La mise en activité du Lazaret est importante ». Elle permettrait au commerce « aujourd’hui languissant à Ajaccio » de se développer.

20 novembre 1847 : Lors d’une visite rendue au Lazaret, celui-ci a été trouvé « transformé en écurie, toutes les chambres sont remplies de tabac et de chanvre, les chevaux y trouvent aussi leur place ». L’établissement est « converti en atelier où plusieurs personnes travaillent journellement ». Demande est faite au préfet de les faire évacuer.

20 décembre 1847 : « Pour les besoins de la navigation en Méditerranée, les Lazarets de Toulon et de Marseille sont suffisants ; celui d’Aspretto sera peu visité. Il n’est donc pas nécessaire d’instituer un service permanent avec Directeur et médecin ».

3 mai 1848 : Réception définitive des travaux.

19 mai 1848 : Règlement du Lazaret : « Un directeur, ayant sous ses ordres un concierge, (est) chargé de la police interne de l’établissement et doit veiller à la conservation des édifices ».

4 août 1848 : Il n’est plus question de Directeur mais seulement d’un gardien pris parmi les agents attachés au Service de l’Intendance et qui sera chargé de veiller à la conservation des bâtiments.


1850-1900 :

 Quelques traces d’histoire.
   

21 août 1855 : La pierre tombale de Félicita, fille de Gianuario Alivesi et Caterin’Angela Tola, morte du choléra attrapé avant de fuir la Sardaigne et enterrée au Lazaret avec d’autres Sardes.

16 août 1860 : « L’administration sanitaire de la Corse, ne voulant pas rester en arrière pour fêter l’heureuse arrivée dans votre ville (d’Ajaccio) de leurs Majestés l’Empereur Napoléon et de son auguste épouse l’Impératrice Eugènie, se propose d’illuminer les établissements lui appartenant, et particulièrement le Lazaret d’Aspretto ». D’où sa demande au préfet de l’autoriser « à faire les dépenses nécessaires pour que le tout soit embelli dignement ».

Années 1860-1861 : Occupation du Lazaret par les détenus qui ont travaillé à l’ouverture de la « Route Impériale ».

12 octobre 1866 : Deux dames anglaises venues d’York pour hiverner en Corse sont retenues au Lazaret.

Année 1868 : « On compte six chambres meublées de première classe avec douze lits et un restaurant ».

Année 1886 : « Utilisation du Lazaret lors de l’épidémie de choléra »


1900-1975 :

 Autres traces d’histoire :
   

Année 1916 : Un gardien l’habite encore, et veille à le rouvrir au cas où une épidémie ferait son apparition.

Année 1920 : Utilisé épisodiquement comme habitation, le Lazaret est acheté aux domaines par Monsieur Jules Istria, beau-père des propriétaires actuelles, avant achat par le Groupe Ollandini.

Année 1945 : Utilisation du Lazaret « lors de la menace d’une épidémie de peste bubonique. Une trentaine de malades y seront soignés par deux religieuses ».

Année 1956 : Installation de l’électricité au Lazaret, selon Monsieur Magneto, ancien locataire. Soit trente ans après l’installation de l’électricité dans le centre ville (1928).

Année 1960 : « Il y a quelques temps était partiellement exploité sous forme de bar à l’enseigne du « Bar des amis », qui a même figuré dans un film de J.Giovanni des années 60 ».


1975-1977 :


Inscription du Lazaret à l’inventaire des monuments historiques.
    26 septembre 1975 : La fiche de proposition fait, du Lazaret, la description suivante : « La structure générale du bâtiment est un ensemble de bâtisses juxtaposées ou reliées suivant les courbes de terrain et s’alignant autour d’une cour centrale. Le bâtiment principal a une forme d’hémicycle fermé qui comporte quatre passages voûtés. Devant cet édifice se trouve un deuxième bâtiment, rectangulaire, à pignon triangulaire. Le tout est entouré d’un mur d’enceinte qui ménage une promenade autour du bâtiment. Un jardin, aujourd’hui coupé par une route, reliait ces édifices à la mer et au débarcadère ».
 
    17 octobre 1975 : « Avis favorable à l’inscription sur l’Inventaire supplémentaire des Monuments historiques, ce Lazaret étant un des derniers, peut être le dernier de France, voire du Monde. » Il est en tout cas le dernier en Europe.
 
    Même date : « Le Lazaret d’Aspretto, construit au début du XIXème, est un des derniers témoignages subsistant de ce type d’architecture, le seul édifice « à ambiance de couvent » demeurant à Ajaccio.
 
    16 mars 1977 : « Article 1 : Sont inscrits sur l’inventaire supplémentaire des Monuments historiques, les façades et les toitures, ainsi que les murs de clôture de l’ancien Lazaret d’Aspretto à Ajaccio, Corse du Sud ».

1980-2000 :

 Quelques autres traces d’histoire plus récentes.
    Année 1982 : Installation de l’eau courante au Lazaret, toujours selon Monsieur Magneto, ancien locataire.
 
    Années 1985-86 : Départ des derniers occupants du Lazaret, à l’exception de Madame Porceddu. « Il y a eu jusqu’à dix-huit familles qui ont habité les différents bâtiments du Lazarettu, la plupart d’origine Sarde ». Les unes après les autres, les personnes partaient, « au fur et à mesure qu’elles s’intégraient à la population ou retournaient en Sardaigne ».
 
    Année 1995 : « Une locataire - gardienne, Madame Porcheddu, l’habite encore à ce jour, les propriétaires actuelles faisant leur affaire de son relogement avec son accord ».
 
    Août 1995 : Autorisation de travaux pour la réhabilitation de l’ancien Lazaret en résidence hôtelière de caractère. Projet sans suite, le bâtiment n’ayant pas été acquis par la pétitionnaire, Madame DE.
 
    Décembre 1996 : Achat de l’ancien Lazaret par le Groupe Ollandini, à fin de résidence principale et secondaire ainsi que de représentation.
 
    Juin 1998 : Témoignage de la dernière occupante du Lazaret avant réhabilitation : Madame Porceddu, née Nicolaï en 1916, est arrivée au Lazarettu en 1936. Elle avait vingt ans. Elle y a vécu soixante ans sans interruption. « Nous avions tout, l’électricité, l’eau du puits, notre jardin, nos fleurs, nous étions bien, il ne faisait jamais froid l’hiver, et l’été, les brises de mer rafraîchissaient la température. C’était vraiment bien et nous étions heureux ».

Sources : 

  • Archives départementales Corse du Sud – Fonds « 5M » et « 8M »

  • A Mimoria N°30 et N° 33 de juin 1997 et 1998

  • Corse matin (17 juin 1998) et la Corse (14 juin 1998)

  • Les lazarets Corses - Carletti Stéphane – Université de Corse. Année 1997/1998